mardi 28 juillet 2015

Les Vertus du Temporaire

Ou comment une expérience personnelle peut nous rendre plus philosophes

Ensuite d’un conflit familial plutôt explosif, suivi d’une séparation, d’un déménagement forcé et d’une colocation arrangée en toute hâte avec une amie de longue date, j’ai considéré mon choix comme définitif, alors que ce dernier aurait été moins douloureux pour tout le monde si d’emblée, j’avais compris qu’il était  temporaire. Je suis revenue à la maison. Cela s'est passé dans ma vie personnelle, il y a quelques années maintenant.

Pourtant j’avais trouvé la paix et le silence…  Pourquoi devais-je y renoncer ?

Pendant les nombreux mois d’attente, de tentatives de dialogue, et de souffrances précédant la réconciliation tant attendue, j’ai eu l’occasion de réfléchir à ce qui était arrivé et j’en déduis que la temporalité peut être nécessaire et bénéfique, non seulement quand elle concerne un temps d’épreuve, mais également quand elle encadre une expérience de vie positive.

Cette dernière conclusion me paraît à première vue, un peu antonymique : pourquoi le positif ne peut-il pas durer? Le positif ne reste-t-il positif que dans le « temporaire » ?

J’ai donc médité plus longuement sur cette notion (notion proche de la temporalité), sur sa signification étymologique et philosophique et surtout, sur son implication.

Temporel  = inscrit dans la dimension du temps
Temporaire = limité dans le temps (et inscrit). La notion inverse étant le définitif.

J’ai d’abord repris la notion inversée et je me suis dit que ce qui est définitif est hors du temps, figé, donc n’est plus susceptible de subir une modification, d’évoluer.

Selon nos croyances, seules la mort et/ou l’éternité sont « définitifs » !!

La vie par essence, est mouvance, elle s’inscrit dans une temporalité et est limitée par celle-ci, elle est temporelle et temporaire. Elle évolue.

Le non figé fait bouger, et, si nous considérons que nous avons une âme (une partie immuable de nous qui est à la fois nous et à l’extérieur de nous), il fait également bouger celle-ci dans sa mouvance.

Le temporaire, fait donc voyager l’âme, il l’entraîne dans un mouvement, un cycle.

Le temporaire concilie le mouvement et l’immuable

Il introduit l’Eternité, l’immuabilité dans notre vie.

Le temporaire, dans sa mouvance implique parfois une déchirure, une rupture brutale d’un lieu/état positif vers un nouveau lieu/ état plus positif. L’image qui me vient est celle d’une plante grandissante qui souffre momentanément d’un changement de terreau ou de pot, mais qui en fin de compte s’épanouira mieux dans son nouvel environnement.

Ce déchirement me semble plus douloureux à vivre quand le mouvement dans lequel il est inscrit est ascensionnel.


Je sens que j’approche d’une vérité à savoir que malgré la souffrance,  le temporaire est une vertu.

Parce que
  • il  fait partie de la vie
  • il n’empêche pas à l’âme d’être et de se manifester
  • il  s’inscrit dans une évolution

Je voudrais revenir à la notion de déchirement.  Souvent sur le plan purement émotionnel, il se réfère à un abandon, à un renoncement.  Ceci est vrai dans certains types de mouvances, mais ce n’est pas une généralité. Tous les mouvements ne sont pas dans l’ordre du renoncement ou du refoulement - ce que j’appelle un mouvement descendant, déprimant dans lequel l’âme est reniée voire perdue-. Le mouvement ascendant, évolutif par nature, bien au contraire, s’inscrit dans la sublimation et tend à porter, mouvement par mouvement, l’âme dans l’espace qui lui est dévolu. L’âme et toutes les expériences, les relations, les personnes qui ont touché un jour notre âme !  Ici donc, tout est maintenu, sauvegardé, intact.

De ce qui précède, je tire une ébauche de conclusion : le temporaire est une vertu qui offre à l’âme une passerelle entre notre humanité et notre désir d’éternité, entre le vivant et le figé, mieux encore, de mouvement en mouvement, le temporaire, permet à l’âme immuable de « vivre », et, inversement, introduit dans la limitation temporelle que tout être vit et subit pendant son existence, l’immuabilité de l’âme et de son essence (les expériences, les relations, les personnes qui ont touché un jour notre âme).






2 commentaires:

  1. Ton très beau texte est un exemple merveilleux de sublimation - tu as converti ta souffrance déchirante en une réflexion philosophique et morale riche et partagée - et tu rends ainsi plus grande et plus lumineuse ton âme qui aspire à l'éternité, et nous y fait aspirer.à ta suite...
    Merci

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  2. Merci Sybilline, pour ton gentil commentaire. La sublimation, n'est-elle pas le but espéré de toute réflexion humaniste?

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